La Société africaine de raffinage (SAR) entend franchir un nouveau cap dans le renforcement des capacités de raffinage du Sénégal. La construction d’une deuxième raffinerie est désormais au cœur de la stratégie de l’entreprise, avec l’ambition de répondre à une demande nationale en hausse, de renforcer la souveraineté énergétique du pays et de consolider sa position sur le marché sous-régional.
Le projet a franchi une étape importante le 23 septembre 2026 avec la signature, à New York, d’un protocole d’accord entre la SAR et le groupe turc Yamata. L’infrastructure envisagée devrait disposer d’une capacité de traitement de 4 millions de tonnes de pétrole brut par an. Selon la Présidence sénégalaise, l’investissement est estimé entre 2 et 3 milliards de dollars, soit environ 1 150 à 1 730 milliards de francs CFA.
Cette nouvelle raffinerie doit notamment permettre de valoriser davantage le pétrole brut produit au Sénégal, en particulier celui du champ de Sangomar, et de réduire la dépendance du pays aux importations de produits pétroliers raffinés. Le gouvernement cherche ainsi à faire du Sénégal non seulement un producteur de pétrole, mais aussi un acteur industriel capable de transformer localement ses ressources et de répondre aux besoins du marché national.
Dangote, un nouveau concurrent régional
Cette stratégie intervient dans un contexte de profonde recomposition du marché pétrolier ouest-africain. La montée en puissance de la raffinerie Dangote, au Nigeria, exerce une pression croissante sur les acteurs traditionnels du raffinage dans la région.
En février 2026, la raffinerie Dangote a annoncé avoir atteint sa capacité nominale de 650 000 barils par jour, après une phase de montée en puissance et d’optimisation de ses unités. Avec cet outil industriel de très grande capacité, le Nigeria dispose désormais d’un avantage important pour approvisionner son marché intérieur, mais aussi pour exporter des produits raffinés vers d’autres pays africains.
Pour la SAR, cette évolution change les équilibres du marché régional. La concurrence se joue désormais à la fois sur les prix, les volumes disponibles, les coûts logistiques et la régularité de l’approvisionnement.
Le Sénégal, qui dispose désormais de ressources pétrolières nationales, doit donc adapter son modèle. L’enjeu n’est plus seulement de produire et d’exporter du brut, mais de transformer une part croissante de cette ressource sur place afin de créer davantage de valeur ajoutée et de préserver des débouchés sur le marché ouest-africain.
Faire de la raffinerie un outil de souveraineté
La modernisation de la SAR s’inscrit ainsi dans une politique plus large de souveraineté énergétique. L’objectif est de renforcer les capacités nationales de raffinage pour mieux couvrir la demande intérieure, tout en donnant au Sénégal les moyens de rester compétitif sur le marché sous-régional.
La raffinerie de Mbao fait parallèlement l’objet d’un programme de modernisation. Le protocole conclu avec Yamata prévoit également cette modernisation, en complément de la construction de la nouvelle unité.
Cette transformation intervient alors que le Sénégal cherche à mieux valoriser ses nouvelles ressources pétrolières et gazières, notamment le brut de Sangomar et le gaz issu du projet Grand Tortue Ahmeyim. La SAR constitue, dans cette perspective, un maillon stratégique de la chaîne de valeur énergétique nationale.
Miser aussi sur les compétences et l’emploi
Au-delà des infrastructures, la SAR entend également investir dans le capital humain. L’entreprise prévoit notamment la création d’une école dédiée aux métiers du raffinage afin de former une main-d’œuvre spécialisée et de répondre aux besoins en compétences générés par la transformation du secteur.
L’objectif est double : disposer de ressources humaines qualifiées pour accompagner la montée en puissance de l’industrie du raffinage et offrir de nouvelles perspectives d’emploi aux jeunes Sénégalais.
La construction de cette deuxième raffinerie apparaît ainsi comme un projet industriel qui dépasse la seule question de l’approvisionnement en carburants. Elle doit permettre au Sénégal de transformer davantage son pétrole sur place, de renforcer sa souveraineté énergétique et, à terme, de mieux se positionner dans la compétition pour les marchés pétroliers de l’Afrique de l’Ouest.


