Accueil Pétrole & Gaz Yakaar-Teranga : le Sénégal peut-il vraiment financer seul son plus grand projet gazier ?
Pétrole & Gaz

Yakaar-Teranga : le Sénégal peut-il vraiment financer seul son plus grand projet gazier ?

Partager
Partager

Contrairement au projet transfrontalier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), développé avec la Mauritanie, le gisement gazier Yakaar-Teranga est situé entièrement dans les eaux sénégalaises. Ce statut offre à l’État une plus grande marge de manœuvre. En reprenant le contrôle du projet, Dakar affiche une ambition claire : faire du gaz un pilier de sa souveraineté énergétique et maximiser les retombées économiques pour le pays.

Mais cette ambition soulève une question majeure : le Sénégal a-t-il les capacités financières pour développer seul un projet de cette envergure ?

Un projet stratégique pour l’économie sénégalaise

L’ambition de nationaliser Yakaar-Teranga a été officiellement annoncée lors du Forum des pays du bassin MSGBC (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée et Guinée-Bissau), organisé le 9 décembre 2025 à Dakar.

Le gisement recèle environ 25 000 milliards de pieds cubes (25 Tcf) de gaz récupérable, ce qui en fait l’un des plus importants gisements découverts en Afrique de l’Ouest. Ses réserves dépasseraient même celles du champ israélien Leviathan, estimées à 22 Tcf.

La première phase du projet est évaluée entre 5 et 6 milliards de dollars. Elle prévoit une production annuelle de 3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié (GNL) destinées à l’exportation, ainsi qu’une capacité de 150 millions de pieds cubes standard par jour pour alimenter les centrales électriques et les industries locales.

L’objectif est double : réduire durablement le coût de l’électricité et soutenir le développement de secteurs industriels comme les engrais, la chimie ou encore le ciment, tout en diminuant les importations de fioul et de diesel.

Le poids de la dette de Petrosen

La principale interrogation concerne toutefois le financement.

Lors du troisième Forum sur les industries extractives, tenu les 30 juin et 1er juillet 2026, le directeur général de Petrosen, Alioune Gueye, a révélé que la société nationale supporte une dette d’environ 1 000 milliards de FCFA. Celle-ci comprend notamment près de 290 milliards de FCFA liés au projet GTA, 450 millions de dollars dus à Woodside et environ 400 millions de dollars envers l’État du Sénégal.

Dans ce contexte, financer une première phase estimée entre 1 500 et 2 000 milliards de FCFA apparaît comme un défi considérable. Pour relever ce défi, Petrosen mise sur une stratégie inédite : mobiliser l’épargne nationale et celle de la diaspora.

« Nous demandons aux Sénégalais d’investir dans leur pétrole et leur gaz. Chaque fois que la lampe est allumée, c’est un gain pour toi », résume Alioune Gueye.

Le financement serait étalé entre 2027 et 2029, avec un besoin annuel estimé entre 600 et 700 milliards de FCFA.

Selon le directeur général de Petrosen, cette stratégie est crédible. Il rappelle que l’État du Sénégal est parvenu à lever 1 800 milliards de FCFA en 2025 grâce à des appels publics à l’épargne régionale. Il souligne également que les transferts de la diaspora sénégalaise atteignent chaque année près de 4 milliards de dollars, soit environ 2 200 milliards de FCFA.

Les exemples éthiopien et mouride

Pour défendre cette approche, Alioune Gueye invoque deux précédents.

Le premier est celui de l’Éthiopie, qui a réussi à mobiliser près de 4 milliards de dollars auprès de sa population et de sa diaspora pour financer le Grand barrage de la Renaissance, malgré les réticences de plusieurs partenaires internationaux.

Le second est historique : le financement, par la communauté mouride, de l’extension de la ligne ferroviaire Thiès-Touba durant la période coloniale, présenté comme un exemple de mobilisation populaire autour d’un projet d’intérêt national.

Un pari ambitieux

Pour Petrosen, l’enjeu dépasse la simple exploitation d’un gisement. Alioune Gueye compare Yakaar-Teranga au projet GTA, dont l’investissement de près de 9 milliards de dollars devrait générer 30 à 40 milliards de dollars de revenus sur une vingtaine d’années, alors que la part revenant directement au Sénégal resterait relativement limitée. Avec Yakaar-Teranga, l’objectif est différent : conserver une part beaucoup plus importante de la valeur créée sur le territoire national et faire du gaz un véritable levier de développement économique.

Reste que ce pari repose sur une condition essentielle : convaincre les investisseurs sénégalais, les institutions financières et la diaspora qu’ils peuvent mobiliser, sur plusieurs années, des ressources jamais réunies auparavant pour un projet énergétique national. La réussite de Yakaar-Teranga dépendra donc autant de la qualité du gisement que de la capacité du Sénégal à transformer son ambition de souveraineté énergétique en réalité financière.

Vous pouvez également renforcer l’article avec une analyse critique en ajoutant un dernier encadré intitulé « Les obstacles à l’autofinancement », dans lequel vous évoquez les risques liés au niveau d’endettement de Petrosen, la capacité réelle du marché financier sénégalais à absorber une telle levée de fonds, la confiance des investisseurs, ainsi que l’éventuel recours à des partenaires privés ou à des financements internationaux si les ressources locales s’avéraient insuffisantes. Cela apporterait davantage d’équilibre et de profondeur à l’analyse.

Partager

Rejoignez-nous

Actualités

A la une : tous nos articles

Consultez les articles et reportages ! En savoir plus
Articles connexes
Pétrole & Gaz

Hydrocarbures : le Sénégal mise sur des financements endogènes pour asseoir sa souveraineté énergétique

Pour exploiter l’un des plus grands gisements gaziers d’Afrique de l’Ouest, le...

Pétrole & Gaz

PROJET GAZIER YAAKAR-TERANGA : un gisement en voie de nationalisation

Contrairement au champ transfrontalier Grand Tortue/Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, le gisement...

Pétrole & Gaz

Le contenu local : une opportunité certes, mais aussi un grand défi

Le contenu local, pilier de l’industrie pétrolière et gazière sénégalaise, vise à...