Pour exploiter l’un des plus grands gisements gaziers d’Afrique de l’Ouest, le Sénégal mise en grande partie sur un modèle de financement endogène. L’une des options est la mobilisation de l’épargne locale à travers des instruments comme les « Patriot Bonds » et l’actionnariat populaire.
Le champ gazier Yaakaar teranga concentre des réserves estimées à 32 millions de pieds cubes de gaz naturel. Un potentiel considérable appelé à jouer un rôle majeur dans l’approvisionnement énergétique du pays au cours des prochaines décennies.
Mais au-delà de l’importance des ressources découvertes, c’est surtout le modèle de financement choisi qui marque une rupture.
Rompre avec « l’économie extravertie »
Pour un projet de cette envergure, le réflexe aurait été de frapper à la porte de Wall Street ou des banques européennes. Une dépendance que les experts locaux récusent sans détour.
« Pourquoi, à chaque fois, avoir des économies extraverties, se faire financer de l’étranger et payer des intérêts élevés à des acteurs étrangers alors que nous avons de l’épargne ? », interpelle Kalidou Diallo, directeur général de Cgf Bourse.
De plus, s’endetter en dollars expose l’État à des risques de change prévisibles.
La stratégie privilégiée consiste désormais à mobiliser le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) à travers des fonds en FCFA, afin de s’affranchir des aléas monétaires tout en dopant la profondeur et l’attractivité de la place régionale.
Pour ancrer le projet dans le tissu national, l’État envisage environ 25 % des structures d’exploitation au secteur privé local et aux citoyens.
L’approche par le capital indique aussi une volonté politique de remboursement différé : il n’y a pas de pression immédiate sur les équilibres budgétaires. L’investisseur local devient un partenaire qui partage les risques, mais aussi les dividendes, dans une logique résolument « gagnant-gagnant » sur le long terme.
Le « Patriot bond » comme alternative
La philosophie financière s’étoffe d’instruments pensés pour irriguer toute la société. « Il faut impliquer les citoyens afin qu’ils comprennent les impacts de l’extraction sur les communautés de pêcheurs et les populations », explique un intervenant.
Mais le levier le plus symbolique reste le « Patriot Bond ». En juin 2025, une opération de 150 milliards de FCFA sur le marché local pour le compte de l’État.
L’ambition est de récolter ces ressources pour le gaz, de faciliter l’accès aux crédits, des institutions de microfinance et de la diaspora, sur le marché intégré de l’UEMOA.
Cependant, la réussite de ce pari repose sur un énorme effort de pédagogie financière. Il s’agit de convaincre chaque Sénégalais que son argent n’est pas un placement productif.
Avec des rendements estimés entre 6 et 7 % par an, l’investissement dans Yakaar-Teranga devient une alternative crédible à l’épargne dormante
Le Sénégalais n’est plus appelé à aider dans le cadre d’une donation, mais à être un acteur du développement de son pays en touchant des dividendes de son investissement », martèle Kalidou Diallo.
Une conversion collective de l’épargnant en copropriétaire pour la souveraineté énergétique nationale.
extrait grand angle soleil

