Au Sénégal, la dégradation des fonds marins ne se limite pas à une menace pour l’écosystème. Elle représente aussi un risque croissant pour la chaîne alimentaire… et, par conséquent, pour la consommation de poisson par les populations humaines.
L’ingénieur des pêches et de l’aquaculture Séllé Mbengue dresse un constat préoccupant. Il décrit des fonds marins dans un état « très critique ». En cause, notamment, la présence massive de déchets plastiques. Engins de pêche abandonnés, déchets ménagers non biodégradables, vêtements ou encore cordages s’accumulent au fond de l’eau. À cette pollution solide s’ajoutent des rejets liquides provenant d’infrastructures qui déversent leurs eaux usées en mer sans traitement préalable.
Au-delà de l’impact visuel et écologique, cette situation affecte directement la qualité des ressources consommées. « Le plastique est un élément non biodégradable qui peut rester des centaines d’années dans les fonds marins », explique Séllé Mbengue. Avec le temps et sous l’effet des courants, ces déchets se fragmentent en microplastiques. Invisibles à l’œil nu, ils sont ingérés par les organismes marins. « Ces particules entrent dans la chaîne trophique. Les petits organismes les absorbent, les poissons les consomment à leur tour et l’humain finit par consommer indirectement du plastique », précise-t-il.
Ce processus de bioaccumulation suscite une vive inquiétude. En effet, certains plastiques transportent ou fixent des substances chimiques potentiellement dangereuses. « Cela constitue un danger majeur pour la santé communautaire, avec des risques notamment cancérigènes », alerte l’expert.
Ainsi, la pollution des fonds marins dépasse largement la question de la biodiversité : elle met également en péril la sécurité alimentaire. Dans un pays où le poisson constitue une source essentielle de protéines, l’enjeu est de taille.
Par ailleurs, cette contamination s’accompagne de pratiques de pêche destructrices, telles que les chaluts de fond ou les filets en mono-filament. Ces techniques dégradent les habitats marins et augmentent la mortalité accidentelle des espèces. Résultat : les ressources halieutiques se raréfient, tandis que leur qualité sanitaire se détériore.
Face à cette situation, Séllé Mbengue insiste sur une double urgence : restaurer les fonds marins et mieux encadrer les rejets polluants. « La pollution suit son chemin, discret mais implacable, de la vase au poisson, du poison à l’homme », prévient-il.
Entretien avec Babacar Guèye Diop

