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PROJET GAZIER YAAKAR-TERANGA : un gisement en voie de nationalisation

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Contrairement au champ transfrontalier Grand Tortue/Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, le gisement gazier Yakaar-Teranga se situe entièrement dans les eaux sénégalaises. Après le retrait de BP et de Kosmos Energy, l’État sénégalais affiche désormais sa volonté de reprendre totalement le contrôle du projet. Un choix stratégique, motivé par la place que devra occuper le gaz dans la future politique énergétique du pays. Reste à savoir si le Sénégal a les moyens de ses ambitions.

Le Sénégal veut prendre son destin en main en remodelant en profondeur sa stratégie gazière. Le pays a officiellement annoncé son ambition de nationaliser le projet gazier Yakaar-Teranga lors du Forum des pays du bassin MSGBC (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée et Guinée-Bissau), tenu le 9 décembre 2025 à Dakar. Présent à cette rencontre, le ministre de l’Énergie, Birame Souleye Diop, a réaffirmé la volonté de confier à la compagnie nationale Petrosen la responsabilité du développement intégral du gisement. Un signal fort, alors que le Sénégal souhaite renforcer ses capacités locales, sécuriser son approvisionnement et consolider sa souveraineté énergétique.

Estimée entre 5 et 6 milliards de dollars, la première phase du projet prévoit une production annuelle de trois millions de tonnes destinées à l’exportation, ainsi qu’une capacité de 150 millions de pieds cubes standard (MMSCF) par jour pour alimenter le marché électrique national et soutenir d’autres usages industriels.

Avec environ 25 tcf – soit 25 000 milliards de pieds cubes – de gaz récupérable estimé, Yakaar-Teranga constitue l’un des actifs majeurs de la stratégie énergétique sénégalaise. Ses volumes dépasseraient même ceux du gisement israélien Leviathan, évalué à 22 tcf. Le Sénégal mise sur son gaz domestique pour stabiliser le coût de l’électricité, soutenir les industries (chimie, engrais, ciment), réduire ses importations de fioul et de diesel et attirer de nouveaux investisseurs internationaux.

Pour l’expert Bachir Dramé, Yakaar-Teranga est « le symbole des promesses du gaz sénégalais ». Il rappelle que ce gisement a été au cœur du programme Gas-to-Power, censé transformer le modèle énergétique du pays : baisse des coûts de l’électricité, développement d’une industrie pétrochimique, effets d’entraînement sur l’économie nationale.

Mais ces perspectives se heurtent à une interrogation majeure : le Sénégal a-t-il les capacités techniques et financières pour gérer seul un projet de cette envergure ?
L’ancien chargé de communication de Petrosen se montre sceptique : « Le Sénégal ne dispose pas encore des moyens nécessaires pour une opération d’une telle ampleur. Petrosen ne peut pas mobiliser seule les financements requis. Sa dette subsiste, sans parler des ressources humaines. Maintenant, peut-être que les autorités disposent de solutions que nous ignorons », nuance-t-il.

Après BP, Kosmos pourrait donc à son tour se retirer du projet à l’expiration de sa licence. Quelles raisons peuvent expliquer ces désengagements successifs ? Bachir Dramé avance plusieurs facteurs : « Le nouveau code pétrolier de 2019 a durci les conditions d’octroi des licences. Le Sénégal manque aussi de négociateurs de haut niveau à l’international. Le contentieux en cours avec Woodside n’arrange rien. Tout cela réduit l’attractivité de nos bassins. Par ailleurs, la Côte d’Ivoire constitue aujourd’hui un concurrent sérieux pour les investisseurs ». 

 

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